Rencontre Alumni MOD’SPE avec Charlotte Pissavy-Yvernault, directrice de collection chez La Fée Maraboutée

MOD’SPE met un point d’honneur à conserver un lien fort avec son réseau composé notamment de ces Alumni, anciens étudiants qui se sont révélés et qui apportent chaque jour à leur école. Tout au long de l’année, l’école part à la rencontre de ses Alumni pour mettre en lumière leur parcours et le rôle qu’il joue aujourd’hui dans le secteur de la mode et du prêt-à-porter.  
Découvrez le parcours de Charlotte Pissavy-Yvernault, (MOD’SPE promo 2007) aujourd’hui Directrice de collection chez La Fée Maraboutée lors d’un entretien.   

«  Le processus de collection a été pour moi une vraie découverte. J’ai pu assister de A à Z à la création d’une collection en utilisant toutes les ressources théoriques que j’avais pu acquérir chez MOD’SPE. C’est un exercice qui est très formateur. » 

– Charlotte Pissavy-Yvernault, Directrice de Collection chez La Fée Maraboutée (Alumni MOD’SPE promo 2007)

Q1. Pourquoi avoir choisi de poursuivre une carrière dans le secteur de la mode ? 

L’industrie de la mode est un domaine qui me passionne depuis toujours. C’est un univers dans lequel la main de l’Homme garde une importance cruciale. Bien sûr, ce monde fait rêver, mais j’ai rapidement été attiré par l’ensemble du processus de création. Connaître parfaitement la chaîne de fabrication d’une pièce dans notre métier c’est primordial. En ce qui me concerne, je ne participe pas directement à la création d’un produit, comme pourrait le faire un styliste, mais mon rôle de cheffe de produit est essentiel dans le processus et me permet d’apporter ma pierre à l’édifice. Créer une collection c’est un travail d’équipe. On travaille tous ensemble pour qu’une fois terminée, la collection ressemble à ce que nous avons imaginé. 

Ce qui me passionne également dans la mode, c’est que c’est un monde en perpétuel mouvement, ça ne s’arrête jamais. Les enjeux aussi ne sont plus les mêmes qu’à l’époque de la naissance du prêt-à-porter. Les professionnels se battent pour créer les meilleures collections possibles. C’est notre responsabilité de connaître parfaitement nos clients pour leur offrir les produits qu’ils attendent. Connaître notre clientèle c’est être au plus proche d’elle pour pouvoir répondre à ses attentes tout en essayant de la surprendre. Chez La fée Marabouté  nous avons à cœur de revendiquer notre ancrage local, puisque notre siège se situe à Roanne dans la Loire. Nous avons aussi à cœur d’être proche de nos fournisseurs.

Q2. Quels sont les compétences d’un.e directeur.trice de collection ?  

A mes yeux, il y a plusieurs choses qu’un bon directeur ou directrice de collection doit savoir faire. D’abord, savoir se concentrer sur le produit. La relation avec les stylistes est primordiale pour, qu’ensemble, on puisse créer la pièce qu’ils ont imaginé. Ensuite ce métier nous oblige à avoir un regard sur tout, savoir travailler avec l’ensemble des fournisseurs, négocier les prix avec eux, connaître sur le bout des doigts leurs compétences et leurs spécificités, la gestion des délais etc… Pour bien comprendre, mon métier consiste à être plutôt bonne en négociation, savoir réaliser et tirer les conclusions d’un benchmark, et aussi d’une dose d’intuition (rires).

Ce qui est aussi intéressant dans mon métier c’est la notion de stratégie de collection. On réfléchit ensemble à un plan à moyen ou long terme avec des objectifs chiffrés, mais aussi des objectifs plus créatifs.

La notion de management est enfin au cœur de mon métier. Si on a l’habitude d’imaginer une hiérarchie verticale, chez la Fée Maraboutée, on fonctionne davantage de manière horizontale. Je veux dire par là que c’est un travail d’équipe, on passe notre vie à avoir besoin les uns des autres. Tout ce petit monde est complémentaire, que ce soit le style, la vente, les modélistes, la communication et le marketing. C’est ce travail d’équipe qui donne naissance à une collection. J’estime que dans notre milieu on doit aussi être ouvert d’esprit, s’ouvrir à des personnes et des cultures différentes. Parler, échanger, discuter, débattre, parfois s’engueuler, mais le but c’est que l’on ait tous le même objectif : réaliser les plus belles pièces possibles.

La directrice de collection et le styliste de la fée maraboutée
La directrice de collection et le styliste de La Fée Maraboutée

Q3. Est-ce une fierté de voir des clientes de la Fée Maraboutée porter des pièces que vous avez vous-même pensées et réalisées ?  

Bien sûr, ça nous rend extrêmement fier. Personnellement j’aime beaucoup voir dans la rue des vêtements sur lesquels j’ai pu travailler. Ça valorise forcément le travail dont je parlais précédemment. Et puis, on se dit que tous ces efforts ne sont pas vains, que des gens dans la rue se sentent valorisés en portant des vêtements de la Fée Maraboutée, et aiment ce que l’on fait. J’ai tendance à esquisser un sourire quand je vois nos produits dans la rue. La marque existe depuis longtemps, il y a beaucoup de femmes qui se reconnaissent dans ce que fait la Fée Maraboutée.

Q4. D’après toi, quels sont les atouts de MOD’SPE dans le secteur de la mode ? Et quels souvenirs as-tu gardé de cette école ? 

Vu de l’extérieur, la mode est un secteur qui peut faire peur. MOD’SPE a tout de suite désacralisé ce stéréotype parisien et paillettes du milieu en apportant une dimension beaucoup plus humaine. Cela m’a énormément plu. La deuxième chose que j’ai appréciée, c’est que MOD’SPE est une école extrêmement professionnalisante, avec un corps enseignant varié et éclectique. Les intervenants sont pour la quasi-totalité des professionnels. C’est forcément une valeur ajoutée pour les étudiants qui peuvent échanger avec des personnes qui travaillent depuis très longtemps dans la mode et qui ont assisté aux évolutions du milieu. C’est une vraie chance.

Pour ma part, MOD’SPE m’a apporté beaucoup de choses. J’ai d’abord appris à développer et aiguiser ma curiosité, à m’intéresser à davantage de choses. L’école nous montre tous les métiers qu’il peut y avoir dans ce milieu. A l’époque, je n’avais pas forcément envie de devenir styliste ou modéliste, mais les cours que l’on a reçu sur ces métiers m’ont par exemple permis d’acquérir du vocabulaire et de pouvoir aujourd’hui comprendre les enjeux de leur métier et de discuter avec eux sans problème. Il y a tellement de choses que j’ai apprises à l’école et qui me servent encore aujourd’hui.

Q5. Chez MOD’SPE, quel projet t’a le plus intéressé ? 

C’est difficile de choisir parce que beaucoup de projets m’ont intéressés. Mais je dois avouer que le processus de collection est sûrement l’un des projets qui j’attendais le plus. A l’époque, on a eu la chance de travailler en binôme avec des étudiants stylistes d’une autre école. Ça nous a permis de nous mettre en situation réelle pour monter ensemble un projet mais aussi faire face aux difficultés et aux contraintes du travail en équipe. Cet exercice de processus de collection a vraiment été une révélation pour moi. On a pu mettre en pratique toute la théorie apprise à l’école. J’en garde un très bon souvenir, et ça a été aussi très formateur. 

Focus sur la carrière de Charlotte après MOD’SPE : de beaux projets, parfois des défis mais toujours de belles rencontres professionnelles. 


Quel a été ton parcours après tes études à MOD’SPE ? 

En sortant de l’école, j’avais déjà une envie, celle de devenir cheffe de produit. Ma stratégie était donc d’orienter mes expériences professionnelles pour tenter d’atteindre au plus vite mon objectif. J’ai fait un premier stage chez Tara Jarmon en tant que commerciale. L’objectif était de voir « l’après collection ». C’est toujours important de comprendre ce qu’il se passe une fois que le processus de création est terminé, pour comprendre au mieux les demandes des clients. ça peut même parfois donner des pistes sur la création en elle-même.

Ensuite, j’ai fait un stage de fin d’études chez Chloé en tant qu’assistante chef de produit au studio. Une fois le diplôme obtenu, je suis retournée chez Tara Jarmon pendant un an et demi en tant que qu’assistante cheffe de produit. Ensuite, j’ai rejoint l’incroyable aventure The Kooples en 2009. La marque avait été lancée depuis un an seulement. J’ai eu la chance d’assister à cette évolution et ce boom incroyable de la marque. J’étais cheffe de produit sur le coupé-cousu homme et femme, et sur tous les accessoires. 

Ces premières années de métier ont été très concentrées sur le produit en lui-même et les techniques, le développement, les tissus, les relations avec les fournisseurs. Mais au bout de quelques années j’ai eu envie d’un autre défi : intégrer un peu plus de stratégie et d’analyse à mes compétences. J’ai eu la chance de rejoindre Zara, à La Corogne en Espagne, au département de l’enfant. Cette expérience a été une révélation tant par l’organisation très horizontale que pour le contenu du poste : très complet. Je me musclais sur la partie construction de collection en gardant la partie produit. Le combo parfait pour moi. 

Après plusieurs années, j’ai rejoint le Printemps dans le cadre de la relance de la marque propre. D’abord autour des accessoires puis en intégrant du PAP. C’était passionnant de réfléchir à des collections qui s’intègreraient parfaitement dans l’environnement du grand magasin tout en proposant une offre différenciante. 

Puis je me suis dirigée vers le luxe. L’occasion s’est présentée et je suis entrée chez Kenzo. La marque est géniale : j’ai adoré le projet, j’ai adoré mes collègues, mais le poste en lui-même ne me correspondait pas du tout. L’organisation du luxe est beaucoup trop pilotée pour moi, pas du tout dans la transversalité. C’était une période assez difficile pour moi mais il faut savoir rebondir. J’ai donc pris la décision difficile de quitter ce poste assez rapidement. 

J’ai ensuite monté une structure en freelance où j’ai travaillé pour plusieurs entreprises en tant que responsable de collection consultante. Je repense de temps en temps à cette expérience chez Kenzo, même si sur le coup j’ai pris ça comme un échec, avec le recul j’estime que tout cela m’a beaucoup appris. Les petits échecs font partie d’une carrière, et sont souvent constructifs. 

Q6. Tu es restée en contact avec MOD’SPE et tu as même recruté une étudiante de l’école en alternance chez La Fée Maraboutée. Est-ce que c’est important pour toi de rester connectée avec cette nouvelle génération qui a de nouvelles envies mais aussi une nouvelle page de la mode à écrire ?  

Les talents de demain sont à l’école, et c’est justement ça qui me motive à rester en contact avec MOD’SPE. J’ai eu la chance d’avoir des professeurs attentionnés, des tuteurs professionnels et passionnants et je pense que c’est un simple retour des choses que des faire profiter les étudiants de mon expérience. Et puis c’est dans le deux sens, j’apporte mon expérience et eux apportent leur vision des choses et leur motivation. 

Aujourd’hui, on travaille avec une alternance qui est en MBA à MOD’SPE. Elle est assistante chef de produit depuis déjà un an et demi chez La Fée Maraboutée. On travaille sur tout le développement de l’accessoire. Je pourrai dire qu’elle est pratiquement junior. C’est stimulant pour moi de partager avec elle le processus de collection, d’intégrer sa fraîcheur et ses envies sur des choses auxquelles je n’aurai pas forcément pensé. Il y a un vrai partage avec Margot, et c’est top !

Q7. Quels conseils donnerais-tu à des étudiants de MOD’SPE qui ont cette envie d’évoluer dans le secteur de la mode actuellement ?  

J’ai eu beaucoup de chance de naviguer dans des entreprises très différentes, très humaines et ouvertes. Je pense que ce qui est important, c’est de garder son authenticité. Que l’on travaille dans une marque accessible ou que l’on travaille dans le luxe, je crois qu’il faut rester humble. Il faut aussi rester agile. Tout change très vite, (COVID / technologies / habitudes conso). Je trouve que les marques se sont adaptées à une vitesse extraordinaire. Je leur dirais aussi de garder l’esprit ouvert et affûté. Rien n’est jamais acquis dans notre secteur. Il faut toujours être prêt à changer sa petite routine. Il faut aussi apprendre à courir avant de marcher et être débrouillard. La dernière : garder la tête froide. On fait des fringues, on ne sauve pas des vies. 

Charlotte PISSAVY-YVERNAULT, Directrice de collection chez La Fée Maraboutée (MOD’SPE Promo 2007)

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